Yves Bonnefoy
La basilica dei poeti iconoclasti
«Les poètes ne se contentent pas d’habiter leur langue, d’avoir plaisir à y errer, à y respirer, ils ont aussi à mener contre elle une longue et constante guerre, la poésie étant la visée d’une immédiateté de l’objet sensible qui veut que l’on s’impatiente des concepts, notions, définitions, jugements qui couvrent celui-ci de représentations et de mythes. Les poètes aiment les mots, mais ils n’aiment pas les concepts en eux, ils vont dans la basilique avec un marteau : iconoclastes, idolâtres pourtant aussi, à cause de faiblesses qu’ils se reprochent.
En bref, ils vivent leur langue avec fureur autant que délices, ils ont trois dimensions sous la linéarité apparente de même ce qu’ils écrivent, et comment traduire cela, cette intimité d’un rapport à soi qui est pourtant la poésie même ?».
«Le paradoxe du traducteur», prefazione a: Jacqueline Risset, Traduction et mémoire poétique. Dante, Scève, Rimbaud, Proust, Hermann, Paris, 2007, p. 9.
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